Nouveaux Carnets de Route No5 2003


Phnom Penh, Cambodge, le 2.11.03


Hello again,


Aranyapatet... Ou devrait-on l'appeler Arnaque-apatet?

Donc après un court sommeil dans LA guesthouse à 150 baths qui achète les touristes aux tuk-tuk (à l'arrivée du bus les chauffeurs de ces engins pétaradant expliquent que c'est de là que l'on doit prendre le minibus qui nous amènera à Siem Raep), et après les argumentaires que deux personnes affiliées à l'auberge nous ont fait le soir précédent, je décide de prendre l'option de 13h30 en bus non air-conditionné à 15$ (20$ pour AC partant à 11h).

En fait, une deuxième agence vend les mêmes billets 100 baths (2,5$) meilleur marché!

Mais quoi qu'il en soit, l'arnaque est la même, donc l'option présentée par Le Routard et Lonely Planet, moto-taxi ou tuk-tuk pour les 6 Km à la frontière, puis achat du ticket qui aurait coûté (à vérifier) 5$ dans ce cas aurait été meilleure pour le même résultat!


C'est donc, alors qu'on m'avait annoncé un bus direct depuis la guesthouse, la miss de l'agence qui m'emmène, et fait quand même le détour de la station de bus pour y déposer Joy, à bord de son pick-up jusqu'à la frontière et me guide jusqu'au check-out de la douanne Thaï et à la zone entre deux, le fameux pont qui du côté cambodgien est décoré d'un monument taille Arc de Triomphe surplombé d'une réplique de la vue frontale d'Angkor Wat.

Là, un "accompagnateur" d'une vingtaine d'année, miquelet au possible, lunettes de soleil style cycliste à verres oranges et parlant un français de politesse d'une voix de castrat me dirige vers l'immigration cambodgienne où les touristes s'entassent sur deux lignes. Me voilà hôte du roi Norodom Sihanouk.


Il a plu, le sol est détrempé, le lieu donne une impression de saleté crasse et de misère malgré les riches bâtiments des casinos destinés à detourner les thaïs chez qui le jeu est interdit. Le matin même, Joy m'a traduit un article relatant l'arraisonnement d'un bateau-casino et la saisie de sommes faramineuses sans compter l'amende que les organisateurs vont écoper.





Un minibus charge une cargaison pour faire le Km nous séparant d'une nouvelle agence de voyage.

Là, une bonne cinquantaine de personnes attendent déjà. En face, un grand panneau publicitaire pour les cigarettes cambodgiennes Alain Delon "The taste of France" surplombe un espèce de marché plus sale tu meurs! Pas engageant. Trois français râlent déjà (d'accord c'est un sport national...) et pensent déjà raccourcir leur séjour! J'aperçois le brésilien rencontré dans le bus de la veille et qui pour sa part a achetté son billet à la deuxième agence et a quitté Aranyapatet à 12h30...

Des enfant aux pieds nus, vêtus de chiffons mais aux visages si attendrissants viennent déjà mendier, je leur offre une tournée de rouleaux de printemps.


Probablement une bonne heure et demie plus tard, les héxagoniens ayant entre temps été emportés par un bus, c'est à l'arrière d'un pick-up que l'on s'installe à huit, trois khmers dont Mr So notre accompagnateur(-acheteur) avec un couple de japonais et un autre couple d'irlandais partageant la cabine avec le chauffeur.

Explication: Un pont s'est partiellement effondré ce matin et notre bus attend de l'autre côté.

Mytique!

J'ai eu mon expérience Paris-Dakar assis sur les sacs de mes compagnons. Le chauffeur s'y croit vraiment et la piste défoncée fait le décor! Il doit rouler à 80Km sur la terre rouge, parmis les trous et les bosses, dépassant motos surchargées, tracteurs dont la remorque sert de bus aux cultivateurs locaux, le bus des gaulois mais aussi des camions crachant des nuages noir d'enfer et des pick-up au chargement si élevé que c'est à se demander comment ils ne versent pas en passant dans certaines ornières de la taille d'une baignoire, par la gauche comme par la droite, klaxonnant sans arrêt pour que les véhicules arrivant en sens inverse s'écartent au risque de finir dans les rizières...


Le ciel s'est éclairci et la poussière vole.


Contrairement à la Thaïlande, on roule à droite ici, et selon l'origine du véhicule, le volant peut être à gauche comme à droite!

Au bout d'une heure de ce rocambolesque manège, une colonne de camions attend au bord de la route.




On dépasse encore un bon bout, puis on se fait déposer à 500m. de l'édifice en métal qu'une vingtaine d'ouvriers terminent de réparer. De l'autre côté, c'est effectivement un grand minibus qui nous attend. Deux des cambodgiens de notre cargaison n'iront pas plus loin, Mr So nous y fait monter.


Le "crazy american" de 20 ans qui a payé son billet air-conditionné rigole de se retrouver dans ce véhicule au fenêtres ouvertes, excepté celles qui ne sont pas coincées...

Premier arrêt de 45 minutes dans un petit resto, notre équipée se décontracte à l'Angkor, bière locale légère mais pas mauvaise.


Les cahuts secouants nos vessies chargées de ce liquide diurétique, le chauffeur fais halte au bord de la piste et, allignés à quelques mètres, tout le monde se soulage dans les rizières dont le vert si particulier est encore accentué par un soleil couchant comme peu j'en ai vu.


Drew of the USA insite pour un autre arrêt, il achète un carton de bières alors que chacun avait déjà fait ses provisions...


Une autre vidange sera nécessaire un peu plus loin, nuit noire à l'infini...


22h30 notre minibus ayant traversé tout Siem Raep s'arrête enfin dans une ruelle en terre non-éclairée, et voilà que Mr So nous invite à profiter de sa guesthouse prétendant que tout est fermé ailleurs!


C'est donc en "clients captifs" que notre troupeau a donc profité de l'agréable accueil, des grandes chambres avec salle de bain à 3$/jour.


Il faut d'abord savoir que, même si le Cambodge a bien sa propre monnaie, ici tout se compte en dollars US, les riels cambodgiens servant de petite monnaie, 1$ valant 4000 riels... C'est parfois une sacrée gymnastique de l'esprit quand on nous rend la monnaie. Et encore une grosse différence avec la Thaïlande, le khmer calculent très bien et très vite alors que leurs voisin peinent. Ils parlent aussi beaucoup plus courament l'anglais et leur prononciation est assez bonne.


Et les moto-taxis de l'auberge nous pressent a planifier nos journées de samedi. Pour ma part, je ne planifie rien, décidant que je m'accorderait sûrement une grasse matinée.


Après un bon riz sauté avec poulet et légumes, un des chauffeur m'emmène à l'Old Market, bazar très touristique, j'y flâne un moment puis rentre prendre une bonne douche avant de repartir, toujours à moto-taxi, pour le coucher de soleil sur Angkor Wat. Le pass pour 3 jours me ruine de 40$ mais offre l'accès au site un premier sunset avant les trois jours de validité. C'est depuis les ruines d'un petit temple sur une colline pas loin de Angkor Wat que je profite de ce concert de couleurs chaudes et brumeuses.





Dimanche je visite plusieurs des temples du site. Ces monuments sont impressionnants. Les sculptures sont parfois fines comme de la dentelle et la plupart de ces monuments ont un bon millier d'années!!!


Seul les bouddhas sont la plupart du temps décapités. Certains par les Khmer Rouges il n'y a pas si longtemps de cela, pour d'autre ce furent les revirement de religions brahamiste et hindouistes qui ont apporté ces modifications...


Devant chaque monument, une rangée de stand vendant tous les mêmes T-shirts, foulards, bibelots et boissons. Et les vendeurs sont généralement des gamins si persuasifs et insistant que bien que touchant ça en devient presque agaçant...

Au milieu des ruines, plusieurs policiers essaient de vendre leurs casquettes, badge et insignes pour arrondir leurs fins de mois...


Après une bonne douche et un petit souper, une moto m'emmène dans un centre de massage où pratiquent des aveugles. Je ne sais pas si c'est la technique qui est plutot douloureuse ou si mon masseur n'est pas le mieux formé, malgré tout j'en ressors décontracté et vivifié...


Lundi, ça continue, je commence par Bantey Srey, La Citadelle des Femmes qui se situe à 37 Km de Siem Raep. Tout petit temple de pierre rouge, une harmonie assez parfaite et probablement les plus fines gravures et sculptures. Malraux y vola d'ailleurs une statue de retour à sa place depuis. Trois autres temples en route, puis le joyau: Angkor Wat lui-même. Impressionnant, énorme, géant et un concert d'harmonies... J'ai visité pas mal de monuments jusque là, mais il dépasse tout. Le Mont St-Michel? - Une mignardise à côté. Notre-Dame? - Jolie petite chapelle. Versailles? - Un immeuble du Corbusier...


Je monte en direction des tours par un escalier de pierre aux marches hautes et si étroites qu'on y pose à peine la largeur du pied. Arrivé à mi-chemin, le vertige me prend déjà et j'hésite à redescendre. Mais vu que la descente est encore plus impressionnante, je finis de gravir les marches m'aidant de mes mains et m'accrochant à chaque infractuosité...


De là-haut, la vue porte loin... Discussion avec deux moines installés sans soucis sur une corniche... Le soleil commence à rougir et vu la rapidité de la transition jour-nuit, je redescend par la rampe sud sur laquelle une barre de fer a été installée et quelques marches étroites en béton rajoutées. C'est peu, mais plus rassurant tout de même!


Ce soir-là, je sors boire un verre au Angkor What où je rencontre un démineur australien dont les informations sont les bienvenues. Juste à côté, un bar francophone, Le Tigre de Papier. La serveuse khmer est accueillante, bien plus que les proprios expatriés de l'héxagone...



Mercredi, mon chauffeur m'amène voir le Tonlé Sap, ce phénomène de la nature qui, pendant la saison des pluies accueille le trop-plein du Mékong et peut couvrir jusqu'à 7500 Km2 alors qu'à partir de fin octobre, le cours de l'eau s'inverse et le lac rétrécis jusqu'à ne plus couvrir que 3000 Km2! Ballade en bateau pour visiter le village flottant avec ses barques-poulaillers et ses radeaux surmontés d'une cages ou s'ennuient cinq cochons noirs... Arrêt dans une ferme aquatique ou de petits aquariums à l'eau aussi trouble que celle du lac présentent les différente espèces y vivant de même que des serpents et des alligators...


Retour à terre, et escallade des marches menant à une proche pagode sur une colline d'où la vue sur le lac s'étend à l'horizon... Encore un coucher de soleil spectaculaire...





C'est à 7h du matin qu'un mini-bus me charge devant la guesthouse pour m'emmener au départ du gros bus. 7h30, le bus climatisé prend la route en direction de Phnom Penh, la capitale qui se trouve à 318 Km de là. A peine sortis de la ville, la route fait place à une nouvelle piste défoncée et parsemée de zones en travaux. Les japonais ont offert sa reconstruction. Il fait une chaleur folle sur la dernière banquette, juste au-dessus du moteur, pas de bouche d'aération à proximité, et en fait de clim, c'est plutôt de l'air avec moins de poussière...


Mon voisin de siège parle un très bon anglais, il a trente ans et travaille comme Food&Beverage Manager dans un des grands hôtel de notre destination. Son salaire mensuel est de 200$, soit 6 fois plus qu'un policier...


La corruption est un gros problème dans ce pays ou les généraux les moins payés de la planète achettent leurs galons et contrôlent tous les traffics, ce qui leur permet, par les redevances perçues, de rouler des pick-up Toyota flambant neufs.


Okay guesthouse m'a été recommandé par Mr So, et une de leur moto m'attend à l'arrivée du bus. Petite chambre avec grand lit et salle de bain pour les mêmes 3$. Et, après avoir posé mon sac, mon chauffeur me propose déjà marijuana, haschich, cocaïne, héroïne, opium, extasie, et autre paradis artificiels dont je ne connaissais pas même le nom... Ca ira très bien sans, merci.


Vendredi, 31 octobre c'est l'anniversaire du Roi Norodom Sihanouk. Trois jours fériés et de festivités en vue. Pensant ne pas traîner trop longtemps ici, je fais mon devoir de pélerinage sur les Killing Fields, camps d'exécution dans la période 1975-78. Plus de 6'800 corps ont été extirpés de fosses communes. Et pour économiser les balles, c'est souvent à coup de crosse de fusil que les prisonniers étaient exterminés. Beaucoup de femmes et d'enfants...


Une pagode a été érigée avec au centre une grande étagère présentant les crânes des victimes... Douloureux!


Mon chauffeur me conduit ensuite à Tuol Seng. Cette école fût transformée en prison par la clique de Pol Pot. Tortures inhumaines, viols et j'en passe étaient utilisé pour obtenir des aveux, souvent obtenus par la répétition des mêmes questions plusieurs jours de suite... Des cellules de 2m par 80 cm... Une salle expose les photos des victimes que les bourreaux fichaient méticuleusement... L'horreur!





Ce soir, pas le moral, envie de m'enfuire de cette ville...

De plus, les guides et les chauffeurs de moto mettent en garde contre les brigands sévissant dans les rues sombres une fois le soleil couché, et les pick-pocket dans les lieux de foule, donc une petite ballade sur les rives du Mékong me suffira, puis dodo.


Réveil à 6h pour me rendre à la gare, car si un train circule, il part à 7h. Jour férié, pas de train avant lundi. De plus, les trains partent de Phnom Penh les dates paires, et reviennent les jours impaires, donc si je veux goûter à ce tortillard, je devrai attendre mardi! Je retourne donc à la même guesthouse et me recouche un moment.


Copieux déjeuner et discussion avec Paul, un quadra british qui enseigne sa langue par-ici, ça fait des années qu'il a quitté la grise Albion, et Dave, un sexagénaire US voyageur au long cours lui aussi et profiteur des charmes dont ses dollars lui permettent de jouïr...


Après une longue ballade à pied à travers la ville, je rentre me doucher et me tape une bonne sieste. Les feux d'artifice me réveillent à 19h...

Paul nous servira de guide, à Mick, un autre anglais de mon âge dont la femme est repartie pour deux semaines en Angleterre règler quelques papiers... Jungle Bar, sympa et propre au bord de l'avenue longeant le Mékong, puis d'autres bars plus louches.


Dans un premier, trois filles me massent le dos et les épaules, boire ma bière devient périlleux. Une fois sortis, notre guide me demande combien j'ai laissé de pourboire, pensant que le pourboire attendu était d'en emmener une à l'hôtel et n'ayant donc pas consommé, je n'ai rien laissé. Mes deux compagnons sont ébahis des grands signes d'au revoir et des sourires que j'ai tout de même recueilli...


Un autre bar, là ça devient encore plus sérieux, les filles attaquent dur, Paul relève le chemisier de la fille venue s'insérer entre lui et le bar, généreuse et belle poitrine ferme... Il lui faut peu de temps pour se décider à profiter des chambres mises à disposition de ces hôtesses tarifées 10$... Mick monte lui aussi peu après... Pour ma part, trouvant les deux donzelles s'acharnant sur moi peu attrayantes, je prends un deuxième cuba-libre à 2$!


Encore un autre bar, cette fois-ci les barmaids font leur travail sans forcer à la consommation de leurs charmes, et dans le dernier, bien que quelques filles pêchent le mâle esseulé, même des occidentales boivent des verres...

Sur le chemin du retour, vers 1h du matin, on s'arrête sur un stand de rue, mangeons des oiseaux taille pigeon frits et des nouilles sautées dans lesquelle on reconnait de la viande, des légumes, et des longs vers blancs, un régal!

Aujourd'hui une petite ballade en ville après une grasse matinée me suffit...




Ce soir je vais devoir me décider quelle direction prendre entre Kampot ou Sihanoukville, et si j'y vais en train mardi, plus intéressant et plus long, ou en bus, demain car il est prévu que je retrouve Joy et ses filles vendredi à Phimaï où, en plus de la Fête des Eaux et des Rivières, Loï Kratong, tombe à la même date que le Festival Annuel de la cité, le "menu" semble très intéressant!


Alors à Bientôt pour la suite...