Nouveaux Carnets de Route No4 2003
Aranyapatet, le 24.10.03
Me revoila encore et déjà...
J'espère que vous aurez transmis ma "bouteille" à votre carnet d'adresse et peut-être agi ou prévu d'agir, selon vos possibilités bien sûr.
A vrai dire, bien que je sois assez libéré question parler argent comparé aux coutumes de secret banquaire de notre pays, je suis très pudique sur ce point en comparaison avec les habitudes thaï. Ici, le mot bath et les chiffres sont articulés à chaque phrase, et cela peut-être aura contribué à me donner le courage de vous solliciter. J'espère ne pas vous avoir choqué par ce faire.
Donc bien qu'il m'ait fallu un nombre d'essais d'envoi infructueux incroyable via connexion GPRS avec mon mobile thaï à partir de samedi soir, de même que deux heures sans plus de succès lundi à partir du cyber-café de Kantharalak, et finalement encore beaucoup de patience (et de baths), j'ai enfin vu partir mon 3ème "carnet" à partir de la cahute familiale de Joy en fin de ce lundi après-midi!
Entre temps, Joy ayant annoncé cette visite pour ce jour, c'est un peu à contre-coeur du fait que nous étions dimanche et que ce lieu est une destination touristique voyant une affluence pouvant dépasser les 10'000 âmes (jaunes à quelques rares exceptions) les jours de week-end, que j'ai bien voulu aller ce jour et non le lendemain sur les ruines du temple khmer de Khao Preah Vihan, à une dizaine de Km, toujours à quatre sur la moto vibrante de tous ses écrous, la chaîne déraillant trois fois du pignon qui n'a plus qu'un vaste souvenir des dents qu'il eut un temps, la toile des pneus n'étant juste pas encore visible...
Ce temple citadelle se trouve sur la grande route qui reliait Sukhothaï à Angkor à l'apogée du royaume khmer (XI-XIIIème siècle) qui lui-même s'étendait jusqu'aux confins de la Birmanie et de la Malaisie.
Et effectivement par ce dimanche ensolleillé et une température hyper agréable résultants des 600m. d'altitude du lieu se trouvant dans la chaîne montagneuse frontalière des Dangkek, combinés à une légère brise, la foule était au rendez-vous.
Dommage. Et les asiatiques, du moins les thaïs, n'ayant pas le même respect du photographe en action et donc aucune gène à traverser une prise de vue, il m'a été bien difficile de faire patienter Joy et ses filles dans l'espoir de réussir une photo sans "parasites".
Une autre particularité de ce lieu est le fait qu'il est redevenu territoire cambodgien il y a quelques années, et de ce fait, il faut présenter son passeport à l'entrée où le garde thaï nous demande de ne pas acheter de Khrong Tip, cigarette thaï par excellence coûtant ici 35 baths le paquet, mais plus que 15 sur le site.
N'étant malheureusement pas encore défait des méfaits de l'herbe à Nicot, je m'offrirai donc un paquet de Marlbiiip (pensez Ferrabiip) à 25 baths (55 enThaïlande) et un paquet d'Angkor (étant le nom d'un lieu et temple, et le produit n'étant pas disponible en Europe la censure s'est abstenue du biip) à 10 baths (35 cts).
Cette visite ne nécessite pas de visa pour autant, et ne permet pas plus de renouveler le visa thai de 30 jours obtenu sans frais à mon arrivée à l'aéroport de Bangkok et arrivant à terme le 24.

Déjà quelques Km avant d'arriver sur ces ruines, des panneaux à tête de mort sont cloués aux arbres longeant la route. Dangereux de s'aventurer hors des sentiers balisés, les mines anti-personnelles étant encore bien plus nombreuses dans le coin que les truffes dans le Périgord. Un camp et un nombre impressionnant de démineurs de " The HALO Trust" sont actifs même le dimanche afin de, mètre carré par mètre carré, rendre toute la superficie du site visitable sans danger.
Lundi, après un petit déjeuner composé de riz et de salade de boeuf cru au sang (plat typique d'Isan), Joy s'impatiente un peu pendant les deux heure que j'ai passé à tenter mon envoi de "carnet 3" et downloader mes gros mails depuis le poste internet de Kantharalak.Et bien qu'un seul ordinateur, le mien avec mon modem 56k, était branché sur la ligne, au lieu des souvent 10 postes mis en réseau sur un seul modem téléphone parfois encore à la norme 33k, il me faudra bien 20 minutes pour recevoir un video-gag de 2,3Mo que je connaissais d'ailleurs déjà...
On va encore faire quelques achats pour la famille, un tour au marché pour le repas du soir et remplir le frigo en vue de notre départ puis rentrons pour parager ce dernier souper "de fête".
Ce soir-là, le sommeil à de la peine à venir m'emporter. J'ai de la peine à m'imaginer abandonner ces deux adorables anges aux pieds nus à leur sort et mon côté (trop?) émotif noue mon estomac, serre ma poitrine et mes oreilles se remplissent des larmes que je ne peux pas retenir.
Je me lève aussi tôt que tout le monde pour ma "bouteille" et passer encore un peu de temps avec ces hôtes si touchants et surtout ces deux fillottes qui m'ont adopté comme un père, Baïteuy ayant tant besoin de tendresse rassurante, et Tchompoo d'un homme avec qui mesurer sa force car trop "shy" (honteuse-timide) pour l'exprimer telle sa cadette.
Je tiens aussi à aller saluer la grand-mère tant cette personne me semblait familière et qui, Joy ne me le racontera qu'une fois partis, s'est éclipsée un moment pour cacher ses larmes de joie et d'espoir lors de notre première rencontre, de même que ce dernier jours, tous se monde rigolant en fait pleurait à l'intérieur.
À 13h, on marche jusqu'à la grande route pour y attendre une camionnette à deux bancs qui devrait nous amener à a ville. Et encore une fois je suis incapable de retenir mes larmes quand Baïteuy vient se blottir tout fort dans mes bras. Et cette torture durera près d'une heure à jouer avec les filles avant que nous ne soyons emportés sans vraiment avoir eu le temps de faire des adieux.

Ces jours et cette famille resteront pour toujours gravés dans un coin précieux de mon coeur...
Le bus prochain bus en direction de Nakhon Ratchassima (Korat) ne partant qu'à 16h20, on mange encore une de ces succulente et arrache-gueule salade de boeuf cru au sang dans une cantoche de la gare routière, les autres clients riants et s'étonnant de voir un farang manger ce plat, la plupart craignant trop pour leurs estomacs fragilisés par une alimentation dénaturée et asceptisée.
Des bus, j'en ai pris pas mal durant mes trois séjours dans ce pays, mais celui-ci, pas plus déglingué que les autres est un véritable gag. Quatre personnes d'équipage, et le chauffeur qui paraît bien jeune roule si lentement que c'en est presque agaçant et balance son bus entre l'extrème bord de la route et la ligne centrale. Même les motos et camions à remorque surchargés nous dépassent. Sans compter qu'il s'arrête à chaque hameau pour charger ou décharger des passagers.
Au bout d'une heure nous avons parcouru le chemin habituellement couvert en 30 minutes. Arrêts interminables à chaque ville. Puis soudain, alors que la nuit est tombée, comme si les autres lui avaient trop rappelé que le temps normal pour relier Bangkok est d'environ huit heures, il se met à accélérer et à dépasser tout ce qui se trouve sur son chemin, quoiqu'il arrive en face.
Un fou, un inconscient ou un débutant grave.
Dépassant encore dans un contour sans visibilité (c'est assez classique ici quand même), un pick-up arrivant en face a dû presque se jeter dans le fossé pour éviter notre bombe!
Peu rassurant d'être passager dans ces conditions, de plus que la veille, Joy m'a relaté un fait divers du journal: 16 morts et 45 hospitalisés du fait d'un conducteur de bus prenant prenant une route de la région pour la première fois...
À 30Km du point où nous devions changer de bus pour rejoindre Korat, lors d'un de ces nombreux "stop&go", un autre bus marqué Ratchassima s'arrête au même lieu et l'on s'organise un transbordement au pas de course sans demander notre reste. Chauffeur bien plus rassurant, par contre l'air conditionné est cette fois-ci exagérément froid, ce qui est rare dans les bus pour thaïs bien qu'étant la règle dans les bus touristes.
Il est 23h lorsque le tuk-tuk nous dépose à la "Doctor's Guesthouse", alors que nous avions espéré arriver vers 18-19h à Korat, voir même peut-être continuer le soir-même sur Phimaï, autre site historique khmer que je voulais revoir 13 ans après ma première visite.
Réveil, paquetage et surprise, la table du petit déjeuner est préparée dans le jardin. On ne refusera pas cette attention mais re-surprise, pas possible d'avoir de riz, de fruits ou autre aliment classique (et qui me vont si bien), seul toast-jam&butter n'est disponible ce jour. Le thé de Joy infusant déjà et mon nescabiip fumant dans ma tasse, c'est sans enthousiasme et avec une légère crainte de ballonements que je me résigne à avaler ces aliments faits de sucre et farine raffinés.
Les 60 Km qui nous séparaient encore de notre but et la douche no2 (sur les 5-10 que compte une journée) mettent le soleil à 13h, dure lumière pour des photos dans ce ciel sans nuage, il est donc temps de prendre un vrai repas, petit tour de cette petite, calme et accueillante bourgade, et douche no3 avant d'aller visiter le site historique.

Prasat Hin Phimaï était également village et temple fortifié construit sur le modèle d'un mandala, douves, murailles, et temple central, représentation cosmique de l'univers. La symétrie de cette construction est impressionnante, tous les portiques étant parfaitement alignés, la perspective est surprenante. Des inscriptions laissent à penser que cette construction est antérieur à l'édification d'Angkor et en aurait servi de modèle.
Aujourd'hui 6h de voyage à bord de trois bus différents mais presque sans attente aux correspondances pour atteindre Aranyapatet, dernière escale avant la frontière cambodgienne qui se trouve à 6 Km.
Pour célébrer cette dernière soirés avant séparation, Tom Yam Soup et boeuf séché au soleil arrosés de SangSom, espèce de rhum thaï dans un karaoke du coin, Joy retournant dans sa famille le temps de ma visite au Cambodge.
Je prévois une quinzaine de jours pour visiter quelques sites de ce pays, mais il est possible que je doive hâter mon chemin étant donné que mon budget déjà bien entamé, risque de trop souffrir des prix élevés qui y sont pratiqués.
Je n'aurai pas de wap (Frs 3,80/min); ne consulterai qu'épisodiquement internet et posterai mes prochains carnets probablement qu'une fois de retour en Thaïlande car à 6 US$ l'heure contre les 70 cts classiques ici c'est un luxe, et ne répondrai à aucun appel téléphonique (Frs 2.-/min).
Seul les sms me serviront de "cordon ombilical", et ce sera mon no suisse +41 79 433 31 33 qui sera activé, mon no thaï me permettant de recevoir mais pas d'envoyer.
Décallage horaire avec la Suisse, toujours +5h (17h ici quand midi dans la froide Helvétie)
Bon, il est déjà 6h du matin, je dois encore vérifier mon orthographe, sélectionner et préparer les photos de ce mail, je vous laisse...
Chok'dee khap